ESPACE BLOG
Thématiques
Formats

Voir les offres spéciales du Souffle d'Or

Une Voie qui Danse

Publié le : 20/09/2021 13:51:05
Catégories : Féminin sacré , La Presse en parle

Une Voie qui Danse

Sur les traces de la sagesse,

depuis la nuit des temps,

les femmes sont légion !

---

La Danse est ma voie, elle me montre la vérité. Loin de la fixation sur des opinions, la vérité est un état de clarté. La clarté illumine la nature mystérieuse de l’existence par la présence. Les poètes dansent, elles chantent pour communiquer l’essence indicible de la vie sous forme d’un souffle qui nous transporte. Au sein de la béance de nos sens, dans la brèche entre les instants du corps, on découvre l’ancrage de la conscience, base indestructible de notre propre esprit.

Nous traversons une période cruciale, les fruits produits par notre conscience collective ont mûri. Nous sommes invités à réaliser avec profondeur, dans l’urgence, le sens de nos sciences, c’est-à-dire, l’orientation de l’humanité.

La physique traditionnelle vers l’infiniment grand raconte une histoire logique qui termine par un atome divisible dans la relativité bizarre de l’espace-temps. Mais la physique quantique nous désarçonne intellectuellement au cœur de l’infiniment petit. Elle impose la compréhension du fait que l’observateur influence l’objet de son étude. En plus, un atome pourrait exister dans plusieurs lieux en simultané ? Il pourrait se montrer différent de lui-même, sous forme d’onde? Nous œuvrons à notre propre illusion. Nous naviguons littéralement dans un monde conditionné par des machines qui fonctionnent sur des modes contradictoires sans faire le retour nécessaire sur soi pour se poser la question prioritaire :

Qui est aux commandes ?

Les machines sont rapides, formidables, avons-nous compris que l’absence de dualité s’impose dorénavant à notre conscience ? Notre séparation de la nature est illusoire, nous sommes ce que nous percevons et c’est justement notre nature, la nature même du corps humain.

Depuis des milliers d’années, la perception du monde que nos expériences ancestrales formulent tant bien que mal par les langages du monde rationnel, devra finalement s’allier aux paradoxes du corps tel le poète : l’intelligence du cœur et celle de la tête sont vouées à collaborer exactement comme le jour et la nuit se fondent l’un dans l’autre.

Au défi d’abandonner le duel

Pour Homo Sapiens le monde s’apparente à l’alternance rythmique entre deux options, le 0 et le 1. Ensuite, monsieur 1 rencontre madame 1 qui se pose en 0 pour produire un petit 3, qui par la suite n’en finit jamais par des 4, des 5, etc.

Mon corps me titille, mon cerveau zappe entre deux hémisphères ; labyrinthe magique dans ma tête qui tente d’une jambe à l’autre, de trouver l’issue avec assiduité mais sans le moindre signe de succès. Bien que mes yeux voient les choses selon des modes paradoxaux j’arrive pourtant à produire à partir d’informations lumineuses et sans me rendre compte une seule image par instant qui coulent avec fluidité dans mon cerveau comme une épopée sans fin. Mes oreilles tissent la texture de l’harmonie, mon cœur est une porte battante, le rythme du souffle nous tisse la trame des actions :  papa, maman papa, maman, papa, moi, toi et moi...

Le Troisième Goût

Donc je deviens le troisième goût, celui naissant dans ma bouche quand je déguste les parfums conjugués entre un verre de grenache et ce délicieux fromage. Je chemine sur une lame de rasoir mais j’aspire à m’élever, à m’envoler. Le ciel m’inspire, l’attraction du sol me plombe tout en me soutenant. La verticalité de ma démarche sur la Terre me propose de tourner. Si je marche en cercle sur moi-même, j’avance et je recule en même temps. Sur Toi, ma Terre, je dois sans cesse rebondir. Je dois sans cesse mourir. Au centre, un état profondément paisible règne au cœur du vortex, un état naturel qui libère des oppositions sans gommer les contrastes du monde. C’est ainsi que les Derviches - derviche qui signifie mendiant en perse - tournent dans le ravissement secret du souffle.

Entendre la voix de la Déesse

Agostinho da Silva, grand philosophe portugais, pressentait que lorsque nos machines travailleraient à notre place, le futur nous poserait le défi d’une œuvre commune.

« Les trois idées de Camões sont fondamentales aujourd’hui : apaiser le corps, libérer la tête des cauchemars de notre vie quotidienne pour l’ouvrir au ciel afin de se rendre disponible pour entendre.la voix de la Déesse. »

Agostinho da Silva prédit,

« L’homme ne pourra se sauver de l’oisiveté qui le menace qu’en apprenant à sortir de lui-même et à utiliser toute la liberté dont il pourra jouir pour s’engager à cet amour passionné, ce qui, tout en l’affranchissant des plans particuliers, lui permettra de s’absorber dans le grand plan qui chemine du pluriel vers l’unicité, de l’objet vers le sujet, de soi-même vers Dieu. »

Danser engage l’audace d’être. Et ce temps de vivre l’espace pleinement ravit l’être en danse dans le flot du pluriel des phénomènes vers l’unicité de la présence, de l’objet des sens vers le sujet qui manifeste la vie du souffle.

Les Nouvelles Sybilles

Quand j’étais enfant, le plus grand mystère de tous était celui de ressentir l’importance du merveilleux qui semblait importer peu aux adultes absorbés par leur affairement incessant. Plus tard, ne comprenant pas la dichotomie entre ma sensibilité et les conflits qui m’opposaient aux autres, j’ai pris refuge dans la Danse. Elle qui ne parle pas, elle révèle. Avec le temps, la Danse a cristallisé autour de moi une constellation de femmes qui voyagent vers l’île des amours, le lieu symbolique où demeure Sophia, la Sagesse. Voilà pourquoi les Muses, les Sibylles, les Dakinis de Sagesse se montrent aux artistes sous une forme féminine. Elles transcendent la notion de genre pourtant leurs nombreuses formes oniriques évoquent la fertilité qui, telle l’espace infini, accueille toutes les existences sans les juger.

Changer l’art transformera la culture

La Reine légendaire du Tibet, Yéshé Tsogyal, m’a touchée au cœur.

J’avais entendu parler de Jésus qu’on avait crucifié. Il était devenu célèbre sans que mes amis ni ma famille ni la société ne prennent trop au sérieux cette histoire de tendre l’autre joue quand on vous a frappé. Yéshé Tsogyal prouvait simplement comment terrasser l’agression, en retirant l’objet de sa projection. Quand elle rencontre des bandits qui la violent, elle se connecte à leur véritable nature - la nature de Bouddha –et elle maintient fermement sa conscience sur la voie qui transcende les genres. Le plus incroyable, le plus insupportable pour les ignorants, le plus déconcertant, c’est le son de sa voix qui est celle de la Déesse. Le corps des bandits pacifié, leur esprit névrotique se calme, ils entendent ce qu’ils n’avaient jamais pris le temps d’écouter, le Chant des Quatre Joies. Cette jeune femme qu’il ont méprisée, qu’ils ont violentée se montre immense à leurs yeux. Yéshé Tsogyal n’a pas peur, elle deviendra l’objet de leur intense dévotion. La puissance de sa voix, l’élégance de sa réalisation subjugue leurs instincts lubriques. C’est en se laissant toucher que les bandits se font ravir par une force féminine qui leur manquait cruellement.

སྒྲུབ་པ་བྱས་པའི་འབྲས་བུ་ཡིས༔

Comme résultat de ma pratique

ཕྲིན་ལས་རྣམ་བཞི་འགྲུབ་པ་དང་༔

Puissé-je accomplir les Quatre activités

ལྷ་སྲིན་བྲན་དུ་ཁོལ་ནས་ཀྱང་༔

Et transformer les dieux comme les démons en serviteurs

སངས་རྒྱས་བསྟན་པ་བསྲུང་བར་ཤོག༔

Et ainsi protéger les enseignements du Bouddha.

( extrait de prière de Yéshé Tsogyal, révélée par Pema Lingpa)

---

Au-delà du choc que cette légende provoque en soi, le symbole du mythe m’a subjuguée. Mais j’avais besoin de temps. Pour atteindre l’essence du corps féminin, j’allais commencer par pénétrer l’émotion du corps masculin. Pour transcender la croyance en notre dualité, comme le montre Yéshé Tsogyal dans son chant, il me reste un long chemin à traverser.

La dimension symbolique de nos sociétés, ouvre l’accès à la profondeur de la psyché à travers des métaphores depuis toujours. Mais la Danse est une expérience directe de la métaphore, être celle ou celui qui raconte le mythe, se rendre disponible à l’archétype permet de recevoir l’initiation correspondante de l’héroïne de l’histoire.  En rêve, on assume soi-même tous les rôles du drame.

C’est la voie qui danse

Sur les traces de la sagesse

Depuis la nuit des temps

Les femmes sont légion !

---

Libres de possessions,

et de la victoire,

Libres du règne et de l’affirmation

Elles montent le chemin

En toute discrétion,

---

L’essentiel s’est caché

tout en se montrant !

N’as-tu pas remarqué

la joie de l’innocent?

---

Par Yumma Mudra, auteur du livre L’île de Bee ou La béance des sens, Ed Souffle d'Or 12/10/2021 

Ceci peut vous intéresser

Partager ce contenu