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L’histoire et le devenir du développement personnel

Publié le : 14/06/2021 15:34:06
Catégories : Développement personnel , La Presse en parle

L’histoire et le devenir du développement personnel

Par Edouard Stacke

Les apports et perspectives de la psychologie humaniste et transpersonnelle 

Émergé aux USA dans les années 60, le mouvement de développement du potentiel humain intègre les « Soft Technologies », les « médecines douces », les diverses formes de quêtes spirituelles, les modes de vie alternatifs avec une intégration dans la nature (dans cette période, plusieurs millions d’Américains sont sortis du système administratif, pour lutter contre la société de consommation massive omniprésente). En France, le premier livre de l’anthropologue Edward T. Hall, La dimension cachée, a été traduit et publié seulement en 1971 par Le Seuil. La psychanalyse tenait le haut du pavé dans les colloques scientifiques et la relation au corps était massivement frileuse et très intellectuelle. Membre de l’Association Internationale des Thérapies relationnelles, avec le Dr Jacques Donnars, psychanalyste ouvert et aussi acupuncteur et ostéopathe, et de nombreux psychiatres et psychanalystes, je participe de 1970 à 1972, à des séances mensuelles de psychodrame et de dynamique de groupe. Le Dr Roland Cahen, traducteur de Jung, lors d’une rencontre, m’apostrophe : « vous ne pouvez pas vous contenter de ne vous occuper que du corps ». Bref la ­dichotomie est la règle et l’approche globale, l’exception. Je suis un jeune kinésithérapeute depuis septembre 1968, mais j’ai vécu dix-huit mois en Polynésie (1965-1966), avec le tamouré des vahinés, la plongée et le rugby avec des Polynésiens manifestant une incarnation remarquable. De plus, ­apprenant la langue et observant les comportements locaux, j’observe l’importance accordée à l’observation, au silence, et aux signaux non verbaux par les autochtones.

Fils de paysans slaves, mon rapport au corps est plus proche de celui des Polynésiens que des Français séjournant en Polynésie.

En 1968, ma rencontre avec Taisen Deshimaru, introducteur du bouddhisme zen en France, qui m’enseigne les bases du Shiatsu, me prépare à la rencontre du Japon, où je séjournerai 3 mois en immersion dans une famille à Tokyo, et en stage d’Acupuncture et de Shiatsu. J’observe cette fois-ci les comportements des Japonais, où l’ancrage dans le corps, la présence à soi-même est la règle. Les arts martiaux font partie de l’éducation de tous. Il y a d’ailleurs 1 million de ceintures noires de judo. Dans les campagnes, lors de mes escapades de week-end, j’observe les gestes mesurés des paysans et des commerçants. La concentration tranquille est la règle.

Puis, dans la rencontre autour de la pensée chinoise et de la médecine traditionnelle chinoise, je retrouve l’approche globale de l’être humain que j’ai découverte au Japon, où le corps énergétique, l’esprit et la spiritualité ne sont pas dissociés.

Un autre exemple : le merveilleux livre d’Ashley Montagu, Touching, publié en 1971 aux USA, est devenu « La peau et le toucher » dans l’édition française du Seuil, en 1979.

Comment s'accélèrent les découvertes en développement personnel ?

Un découvreur précoce a accéléré les découvertes en développement personnel. En 1969, Tan Ngyuen, alors âgé de 25 ans, arrive aux États-Unis pour suivre un cursus à l’Université d’Harvard.

Il découvre un pays profondément divisé par la guerre du Vietnam et en pleine remise en question de ses valeurs. Comme dans toute période de bouleversement, il y a une émergence de nouvelles valeurs dans le monde de la musique, de l’art et littérature, et aussi de la psychologie. L’étudiant découvre en Californie l’Institut Esalen, un lieu de rêve, au bord d’une falaise. C’était le centre des nouvelles recherches sur une psychologie qui intègre la dimension du corps, des émotions, et les pratiques de l’intériorité orientales et occidentales : la psychologie humaniste. Il s’initie aux travaux de Carl Rogers, Abraham Maslow, Frederick Perls, Roberto Assagioli. Les praticiens de la psychologie humaniste de l’époque ressentaient que de nouvelles formes de relations humaines pouvaient rendre le monde meilleur et plus uni.

Son diplôme de master à Harvard en poche, il revient en France en 1971. À l’époque, à l’exception de la psychanalyse, du psychodrame, et des groupes à interaction verbale, il n’existait quasiment rien d’autre. Avec l’aide de quelques amis, il introduit les thérapies ­psycho-corporelles en invitant en France les thérapeutes anglo-saxons praticiens de ­l’analyse bioénergétique et des thérapies émotionnelles. Il démarre sa propre pratique en 1972, et s’associe avec le docteur Michel Meignant et Danielle Dézard pour appliquer cette perspective aux thérapies de couple, une toute nouvelle discipline. » (Origines et historique du Centre Source : www.psychosynthèse.com).

J’ai rencontré Tan Nguyen, en 1975, avec Serge Ginger, avant que celui-ci ne fonde l’École parisienne de Gestalt. Tan m’a orienté vers la formation en Gestalt avec le Dr Eileen Walkenstein (Psychiatre de New York). Nous fonderons avec Tan et un autre collègue, Raphaël Biaggi, l’Association française de psychologie transpersonnelle et participerons ensemble au Congrès mondial à Zinal en 1985, avec le Dalaï-Lama, le Dr Stan Grof, Fritchof Capra, le ­physicien.

La psychologie humaniste, c’est à ce moment-là, un extraordinaire mouvement ouvert, très décloisonné et très fécond, où chacun expérimente et se forme à tour de bras, mais aussi partage ses expériences avec son réseau. La période est exceptionnelle. Les artistes ont accès à d’autres cultures. Les Beatles jouent avec Ravi Shankar, dès 1967, qui lui-même joue avec sir Yéhudi Ménuhin. Béjart lance, en 1970, Mudra, son école de danse moderne au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, où tous les danseurs ont des cours de yoga et de danse indienne, avec Savitri Naïr (qui fera la musique du film du Dr Leboyer Naissance sans violence) puis quand Béjart transfère son école en suisse, des cours de kendo, l’escrime japonaise.

Le living Dance Théâtre fait ses performances. En 1976, Bob Wilson produit son extraordinaire spectacle Einstein on the beach, avec la musique de Phil Glass. Les ­professionnels de la santé explorent les médecines alternatives. Jeune kiné, rentré du Japon (avec la délégation japonaise des ­acupuncteurs venant participer au congrès mondial d’acupuncture en avril 1969), où j’ai appris l’acupuncture, le shiatsu et la méditation zen, j’explore le yoga, l’aïkido, le bouddhisme tibétain avant de me lancer dans l’apprentissage puis l’enseignement du tai-chi-chuan, avec un groupe de collègues kinés, ostéopathes et acupuncteurs.

Il y a une effervescence incroyable et un mélange de techniques, de méthodes. Les frontières sont poreuses. L’Université de Vincennes accueille les enseignements du très décrié et rebelle Médecin et sexologue Michel Meignant.

1977, c’est la période de la création de l’Espace des Possibles (Charentes-Maritimes), incroyable laboratoire d’expérimentation sociale, dont la force créatrice n’a jamais faibli, depuis 40 ans.

En 1979, le réfugié brésilien Augusto Boal, directeur de théâtre développe le « Théâtre de l’opprimé », cher à Jérôme Liss. C’est la période de l’Actor Studio à New York, de Grotowski, extraordinaire directeur d’acteurs, en Pologne.

Les racines de l'engouement des français pour le développement personnel

Dans la décennie 1975-1985, c’est la déferlante des « nouvelles thérapies », avec dix millions de Français qui auront exploré le développement personnel. Edmond Marc, journaliste à Psychologies, devenu depuis Dr en Psychologie clinique, a publié un excellent Guide pratique des Psychothérapies aux Éditions Retz, qui aide à se repérer dans ce bouillonnement d’expériences. J’ai créé dans cette période, avec une équipe, l’Institut EVEIL, qui va organiser en France, dès 1978 et au Québec, à partir de 1981, des rencontres avec des experts français et étrangers et des formations de thérapeutes psycho-corporelles, pour près de 3 000 ­professionnels de la santé. J’ai personnellement été formé par une dizaine de psychiatres étrangers, dont le Dr Rafaël ­Estradavilla et le Dr Claudio Naranjo. J’ai pu en parallèle lancer la collection Éveil avec les Éditions Le Jour au Québec et publier en français, Ken Dytchwald, L’homme nouveau, 1983, Claudio Naranjo, Le voyage vers la guérison, 1984, Le paradigme Holographique de Ken Wilber, 1984, Michaël Hutchinson, Les bains flottants, 1985, Craig Brod, Technostress, 1985 et de Jean Houston, Psy-jeux, 1984 et L’homme en devenir, 1986.

Née en 1979, l’Association française de psychologie humaniste (AFPH) s’est développée à partir de l’action commune d’une cinquantaine de psychothérapeutes, dont le Dr Jérôme Liss (psychiatre américain, spécialiste de bioénergie), le Dr Hubert Bidault (psychiatre et gestaltiste), Marie Petit (psychothérapeute gestaltiste), Jacques de Panafieu, Pascal Baudry, l’unique ingénieur de la bande, Dominique Levadoux, (psychothérapeute, spécialiste de Rebirth), Michael Gradwell, Olivier ­Devillard, (psychothérapeute), Vincent Leenhardt (Dr en Psychologie), avec Michel Fourcade, fondateur du CDPH, porteurs de la bioénergie, Daniel Grangean et votre serviteur. L’AFPH sera l’embryon du développement de la Psychologie humaniste, largement épaulée par la revue Psychologies de l’époque.

En 1981, nous avons eu à Paris, le Congrès européen de psychologie humaniste, avec la participation d’Edgar Morin et de TF1, avec près de cinq cents participants. Les départements de sciences humaines s’ouvrent à l’enseignement de la psychologie humaniste, dont Paris 7 Censier, qui intègrent beaucoup de techniques psycho-corporelles.

L’alternative à la Psychanalyse classique est attractive. Dans les groupes de développement personnel, on pleure, on rugit, on frappe les matelas avec la raquette, on découvre la richesse des sensations du massage californien, on hyperventile avec le rebirth, etc. En d’autres termes, le corps est réinvesti massivement, avec la force du vécu des émotions et des sensations. Il n’y a pas encore le concept d’intelligence émotionnelle, puisque les livres de Daniel Goleman ne sont pas encore traduits en français. Ce sera pour les années 2000, avec un véritable succès mondial.

Le Centre Source (Paris) que Tan Nguyen a créé en 1974, continue de faire fonction de passeur des approches de l’être humain en faisant connaître des créateurs de méthodes : Paul Rebillot, pour son célèbre Voyage du Héros, inspiré de l’œuvre de Joseph Campbel, à laquelle l’INREES rend hommage le 9 septembre. (1931-2010 +), Gerda Boyesen (1922-2005 +), Rolando Toro (1924-2010 +), le Dr Richard Moss. Le Centre a joué un rôle pionnier en introduisant en 1983-84 (en association avec Edouard Stacke) : le Dr Stanislav Grof, le Dr Claudio Naranjo, l’anthropologue Michael Harner (à l’origine du renouveau de l’intérêt pour les pratiques chamaniques traditionnelles amérindiennes).

Le développement personnel au service des entreprises et du collectif

Depuis 1987, j’ai fait le choix d’aller plus près des bien portants, dans les entreprises, inviter les managers à créer de meilleures conditions de travail, à faire progresser les gens, tout au long de leur carrière, à libérer leurs potentiels, à gagner en autonomie. J’ai pu explorer avec des milliers de managers dans trente pays de la planète, l’importance d’être cohérent, de bien se connaître, d’assumer ses peurs pour les dépasser, de développer son libre arbitre, de s’ouvrir aux autres dans des relations constructives, de savoir jouer collectif, au-delà de l’intérêt personnel immédiat. (Voir mon livre La liberté de s’accomplir aux Éditions Le Souffle d’Or.) L’humain est en devenir. Il lui appartient de se découvrir, pour déployer toutes ses richesses, se dégager de ses limites et de ses freins, tout au long de sa vie, dans tous les compartiments de sa vie personnelle, professionnelle et sociale.

C’est ainsi que l’on pourra recréer du lien social, du savoir mieux vivre ensemble, en partageant des valeurs et des projets communs, alors que les sociétés modernes, et encore pire dans les grandes agglomérations, se fragmentent, s’étiolent, et laissent les individus dans l’isolement et le sentiment de solitude profonde, livrés à eux-mêmes.

Le travail est une merveilleuse opportunité de se découvrir dans l’usage de ses ressources, dans l’interaction avec les autres, dans la mobilisation de ses capacités d’adaptation, pour autant que le climat de travail et le mode de management le permettent. Depuis la crise financière de 2008 et la financiarisation de l’économie et de la société, l’anxiété gagne du terrain chez les dirigeants et le sentiment d’urgence devient général devant les difficultés à garantir les résultats économiques. Le climat social se détériore pour beaucoup de salariés, avec sa cohorte de conséquences : stress ­multiples, burn-out et risques psychosociaux.

Aujourd’hui, les approches psycho-­corporelles se sont bien implantées sous de ­multiples formes, chez les consultants ­d’entreprises, les formateurs, les soignants, les animateurs de développement personnel. Plusieurs psychothérapeutes de l’AFPH ont rejoint les rangs des coachs, qui étaient quelques dizaines dans les années 80, et qui ont repris une partie des aspirations et des orientations de la psychologie humaniste. Ils sont aujourd’hui plus de 4 000 coachs. ­Personnellement, j’ai poursuivi mon chemin, en introduisant l’esprit du développement humain en coaching, en formant 10 000 managers dans une trentaine de pays. Le développement des Spas est pour moi une autre dimension de l’influence de la Psychologie humaniste, qui a promu le « corps de désir », par rapport au « Corps-objet » ou au « Corps-instrument ». La vague du bien-être est en droite ligne avec la tradition d’Esalen, où j’ai séjourné en 1978, ce berceau de la Psychologie Humaniste et Transpersonnelle, carrefour de cultures Asie-Amérique, fondé par Michaël Murphy et Dick Price, en 1962, où cohabitaient Fritz Pearls, Gregory Bateson, Will Schutz, Stanislas Grof, Gabrielle Roth, et tellement d’autres. De nos jours, l’aspiration de beaucoup à une compréhension « holistique » de l’être humain reste importante.

La vague du développement personnel est-elle en train de retomber ?

Mais dans les universités, la rationalité a repris le dessus et les neurosciences ont renforcé les thérapies comportementales et cognitives. L’hypnose est en pointe, avec la « mindfullness » propulsée par les livres de Jon Kabat Zin qui s’installe dans les hôpitaux et les écoles. La méditation en 10 séances devient le package attractif pour le grand public, pour limiter le stress. La vague du développement personnel est retombée, même si elle poursuit sa fertilisation souterraine dans plein de domaines.

La place du corps régresse dans les enseignements. L’écologie de la personne, la quête de sens, la recherche de l’harmonie avec la nature sont en progression massive dans les aspirations des Français, mais aussi des Européens. Les magazines pullulent sur ces aspirations. La quête de spiritualités poursuit sa croissance, avec près de 200 monastères bouddhistes et les succès de librairie du Dalaï-Lama et de Mathieu Ricard, de Fréderic Lenoir et Pierre Rabhi.

Vers de nouvelles méthodes de développement personnel

Grâce à Daniel Goleman, l’intelligence émotionnelle est davantage prise en compte dans le monde entier (5 millions d’exemplaires vendus en 40 langues). Dans les techniques de la psychologie humaniste, la Gestalt reste bien vivante, avec de nombreuses écoles et une bonne image. La bioénergie est tombée en désuétude, remplacée par la transe chamanique, la Bio-Danza, ou d’autres formes d’exploration. La Danse des 5 Rythmes poursuit son chemin, au-delà de la vie de sa ­fondatrice, Gabrielle Roth, que j’ai eu le bonheur de connaître et d’accueillir en France en 1983. De très nombreuses nouvelles méthodes de développement personnel émergent et se propagent. Il est important, au-delà des titres sympathiques, de vérifier la qualité des méthodes et des animateurs. Le premier repère étant leur cohérence perçue et le sentiment de confiance qu’ils inspirent. Il est également important de comprendre que le changement personnel, la transformation, demande du temps, de la continuité dans l’exploration de soi et que sautiller d’une méthode à l’autre ne fait que s’éparpiller. C’est stimulant d’explorer de nouvelles pistes, mais en parallèle, il faut repérer les voies qui permettent l’approfondissement et l’intégration de nouveaux ­comportements plus adaptés au quotidien, jour après jour.

Dans la période actuelle, les lobbies universitaires ont progressivement récupéré les titres de psychologue et de psychothérapeute, à l’usage quasi exclusif des formations universitaires, où pourtant l’exploration de soi reste quasi absente. Les lobbies médicaux et pharmaceutiques occupent le terrain et esquivent les manques cruciaux des politiques éducation – santé – sport – sciences humaines et de la formation des professionnels, pour investir les solutions technologiques de l’e-santé et la recherche de nouveaux médicaments. L’immense partie des dépenses de santé va vers le traitement des pathologies et évite l’éducation à la santé globale. Le grand public est donc obligé de chercher les bonnes informations dans le foisonnement et l’hétérogénéité des articles de magazines et des émissions de télévision.

La manière dont la connaissance de soi et le développement humain sont traités dans ­l’éducation et la formation des futurs professionnels est défaillante. Elles ne visent pas à favoriser la compréhension profonde de soi et le développement de l’autonomie des sujets. La fragmentation des connaissances est la règle. Partons du résultat final : le médecin psychiatre finit ses études (Bac + 10) sans avoir fait une heure de développement personnel. Il apprend les pathologies lourdes en théorie et sur le terrain en stages dans des hôpitaux psychiatriques, mais n’est pas astreint à des travaux dirigés de connaissance de soi. Par conscience professionnelle, il peut entamer à titre privé une psychothérapie ou/et une psychanalyse et se former à l’une ou/et l’autre de ces méthodes, devenant ainsi psychothérapeute ou/et psychanalyste.

La majorité des professionnels de la santé est centrée sur le traitement des pathologies et très  peu sur l’éducation à la santé.

Intégrer le développement personnel dans tous les secteurs de la vie...

Le médecin généraliste reçoit dans sa formation initiale de très faibles notions de psychologie médicale et n’est pas formé à l’éducation à la santé. Encore aujourd’hui, un étudiant en cinquième année, à l’Université de Marseille, dit apprendre quelques notions « au fil de l’eau sur le terrain ». Du coup, de nombreux praticiens de terrain s’orientent de plus en plus vers les médecines complémentaires (homéopathie, acupuncture, sophrologie, hypnose) pour tenter de mieux répondre aux attentes de leurs patients. Avec néanmoins la pression sur la durée des consultations au tarif conventionné. Le besoin de dialogue et de sens s’oriente vers les autres thérapeutes (kinés, ostéopathes, naturopathes), qui leur accordent plus de temps et d’écoute, sans forcément pouvoir répondre à des besoins psychologiques plus profonds.

En psychologie, les étudiants découvrent la psychologie du développement avec les travaux du développement de l’enfant chez Piaget, mais pas l’andragogie ou développement des adultes (développée depuis quarante ans au Québec). Dans leur spécialisation en psychologie clinique, ils pourront choisir l’orientation psychanalyse, mais leur parcours individuel ne comportera pas d’accompagnement individuel favorisant la connaissance de soi.

En ressources humaines, même chose : les Masters RH donnent des bases de psycho-­sociologie, mais pas d’entraînement individuel. J’ai participé pendant 11 ans (1993-2004) au Master IRH de l’Université Paris V. L’accent est mis davantage sur l’acquisition et le développement des compétences, pour pouvoir gérer les ressources dans les entreprises et ­institutions. De plus, la dimension Risques psychosociaux est traitée le plus souvent sous l’angle juridique, mais pas sous l’angle de l’analyse des comportements individuels et collectifs à risques. L’analyse des compétences comportementales était absente de la ­formation des RH. Dans les entreprises, les directions générales n’ont donc pas d’experts en « Éducation à la santé », puisque les DRH et les médecins du travail n’ont reçu de formation dans ce domaine.

L’éducation à la santé est abordée sous l’angle de la prévention et de l’information (ce qui est vrai en France toutes professions confondues), et l’éducation à la santé-vitalité-­sérénité est inconnue, sans notion d’amélioration du capital santé. Le focus est sur la détection précoce des pathologies. Voir plan national de 2001 et le dernier rapport créant l’Agence Nationale de Santé Publique de juin 2015.

Les professeurs d’éducation physique et sportive (EPS) font de moins en moins d’éducation physique et de plus en plus d’initiation à des disciplines sportives. Les infirmières scolaires rencontrent beaucoup d’attentes des enseignants. Elles sont à l’écoute des besoins des jeunes, mais peu nombreuses et débordées. Elles ne peuvent remplacer des projets d’établissement qui mobiliseraient des équipes d’enseignants, professeurs de SVT et d’EPS, concernés par leurs disciplines respectives.

L’UNIRES regroupe les départements d’éducation à la santé des universités françaises. Dans le congrès national de 2014, l’accent était mis massivement sur l’information, le dépistage et la sensibilisation aux addictions pour les élèves du système scolaire et les enseignants. La santé des Français, et surtout les salariés, les actifs, ainsi que les seniors, ne semblait pas intéresser ces universitaires pourtant spécialisés. L’INPES, devenu Santé Publique France, dont la finalité est la prévention et l’éducation est focalisée sur la prévention et la détection précoce des pathologies. Le document important utilisé pour la prévention antitabac dans les lycées ne dit rien sur le bien-être que peut procurer la respiration consciente.

La dernière étude de 2017 de ­l’Inter-syndicat national des Internes (ISNI) montre que « les deux tiers des jeunes et futurs médecins souffrent d’anxiété » (Article du Monde du mercredi 14 juin 2017). En d’autres mots, les institutions restent massivement orientées vers le formatage et l’acquisition de savoirs. 

... Et humaniser le développement humain

Il y a donc aujourd’hui, un immense besoin d'humaniser le développement humain, en pariant sur les ressources de chacun et les développant le plus largement possible, comme beaucoup de thérapeutes lucides s’y emploient, sans démarche collective concertée suffisante. Ce sont les réseaux sociaux qui servent de caisses de résonance aux aspirations nouvelles. Sinon, le transhumanisme pointe, avec la ­fascination de ses humains augmentés. Les prisonniers chinois servent déjà de pièces détachées à de riches clients étrangers. C’est vrai sous d’autres formes, avec des circuits opaques au Brésil et en Inde. Le clonage présente bien des avantages. Les propriétaires des GAFA investissent pour atteindre l’immortalité. ORWELL et 1984 ne sont pas très loin. Personnellement, je poursuis la promotion de la respiration consciente. Avec un collectif de professionnels de la santé, de l’éducation, du sport, du développement personnel, et l’association de Promotion de la Respirologie et de l’Éducation à la Santé, nous sensibilisons des enfants dans les écoles aux seniors actifs, à cette approche globale de l’être humain pleinement conscient et responsable en toutes circonstances, ouvert aux autres, engagé dans la construction d’un monde vivable.

C’est collectivement que nous pouvons faire avancer les choses, contribuer aux évolutions, ne pas subir les dérives sociétales. Quels humains et quelles sociétés voulons-nous en 2050/2100 ? Quelle place pour le libre arbitre ? Lecteurs, je vous invite à la vigilance et à l’engagement dans vos participations aux démarches collectives pour les 40 prochaines années, c’est-à-dire les générations de vos enfants et petits-enfants. »

Par Edouard Stacke, 73 ans, psychosociologue, consultant-coach ­international, fondateur de 100 Ways, société de conseil, coaching et formation. Auteur, conférencier, ancien chargé de cours des Universités (Paris V, Montréal). Président de l’Association de promotion de la respirologie et de l’Éducation à la santé (A.P.R.E.S.), membre de l’International Coach Federation, de Sietar France et de la Guilde des Consultants Russes. »

Extrait de « Le Livre Blanc du Développement Personnel. » Ouvrage collectif, Ed Souffle d'Or, 2018

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